Mercredi 12 Mai 2021 - Sensations Normandie Seine - Rouen

L’employé au port du Havre avait renseigné son frère sur un conteneur de cocaïne

Chaque semaine, le récit du quotidien des tribunaux de la région. Aujourd’hui, la cour d’appel correctionnelle de Rouen.

Ce vendredi matin, la cour d’appel correctionnelle va mettre cinq heures pour comprendre les tenants et les aboutissants de deux dossiers bien différents de par leur nature mais surtout de par la personnalité des condamnés.

La première affaire fait suite à la mutinerie qui, en mars 2020, a enflammé le centre de détention d’Uzerche (Corrèze). Les détenus, révoltés par la suppression des parloirs à cause du confinement, ont saccagé l’établissement pendant de longues heures sous le regard impuissant du personnel. Le calme revenu, 336 détenus ont été transférés, leur cellule ayant été détruite pendant l’émeute. Parmi eux, E. P., incarcéré au Havre et présent dans le box. Il a été reconnu comme acteur de la mutinerie par les témoins et identifié sur la vidéo surveillance. Bénéficiant d’une « relaxe partielle », il a été condamné à douze mois de prison. Quatorze agents, traumatisés par la violence de l’émeute, ont fait appel du jugement tout comme l’agence judiciaire de l’État qui devra réparer des dégâts estimés à environ 3 M€.

Petit, comme perdu dans son blouson rouge, E. P. jette un regard étonné autour de lui. Coiffure rasta, la tête ceinte d’un bandeau rouge, un foulard en guise de masque, il échange avec son interprète. L’homme originaire du Brésil ne parle que portugais.

« Lors des auditions, vous avez déclaré ne pas vous souvenir qu’il y avait eu une émeute », rappelle le président, Damien Mulliez. « Aujourd’hui, reconnaissez-vous avoir jeté des projectiles du toit de la prison. » E. P. conteste, puis reconnaît. « Je voulais juste profiter de l’occasion pour m’évader », justifie-t-il. Aîné de quatre enfants, une mère droguée et alcoolique, il a été abandonné à l’âge de 7 ans, n’a jamais été scolarisé, a vendu des armes au Brésil de 15 à 19 ans et a été condamné pour meurtre en 2012. La « fragilité psychologique, voire psychiatrique » de son client explique, selon Me Le Petit, que « tout n’est pas clair » dans son esprit. L’avocate générale requiert deux ans de prison.

Conteneur de cocaïne

Si le destin d’E. P. semblait tout tracé dès sa prime enfance, la vie d’O. K. a basculé du jour au lendemain. Bac +2, apprécié depuis six ans de son employeur sur le port du Havre, il a accepté d’aider son frère en octobre 2018. « Il m’a dit que lui et sa famille étaient menacés de mort. J’ai eu peur pour eux  » et a donné des informations sur un conteneur. Son frère, M., et un comparse veulent récupérer 252 kg de cocaïne dans la « boîte » en provenance du Brésil. Mais les policiers ont déjà saisi la drogue. Le ministère public estime le jugement rendu en octobre trop clément : six ans de prison dont un avec sursis pour M.K, cinq dont trois ferme pour son complice. Il requiert respectivement neuf et cinq ans ferme.

Des larmes dans la voix, O. K., qui comparaît libre, évoque sa « honte » d’être là, l’argent qu’il dépense « pour un avocat », la journée de congé qu’il a prise pour assister à l’audience... Et conclut, affligé : « Faites ce que vous voulez ! » . Il est loin des 11 condamnations de son frère, de ses déclarations nébuleuses et sujettes à revirement.

Condamné à une surveillance électronique pendant huit mois, O.K. a « assumé ». Mais si la réquisition de l’avocate générale, Catherine Chaze, est suivie, il perd son travail. Elle demande « l’interdiction définitive du port du Havre. »

Les décisions dans ces deux affaires seront rendues le 23 décembre.