Lundi 26 Février 2024 - Sensations Yvelines

Le village des sourds - Vendredi 24 mars- Centre Culturel Jean Vilar à Marly-le-Roi

Le Centre Culturel Jean Vilar programme Le village des sourds de Léonore Confino, une pièce sur l'appauvrissement du langage (création 2023, Productions du sillon). Ce conte poétique et cruel, boréal et truculent, sur l’appauvrissement du langage est mis en scène par Catherine Schaub avec Jérôme Kirsher et Ariana Rivoire.

Youma, quatorze ans, sourde, vit à Okionuk, un village perdu au nord du globe. Là, les habitants possèdent un trésor : leur langage. Le soir venu, ils se racontent des histoires jusqu'à l'aube. Un matin, un marchand arrive sur la place du village au volant d’un camion noir. Il leur distribue un catalogue avec toutes sortes d’objets inconnus (four à micro-ondes, grille-pain électriques, etc).

Comme les villageois n’ont pas d’argent, le marchand leur propose de payer en mots. Un grille-pain coûte cent mots, une chaudière cent quatre vingt dix-neuf… Les villageois font alors des listes de mots qui leur semblent non essentiels. Mais attention, quand un mot est vendu, il ne peut jamais plus être utilisé, il est retiré du vocabulaire. Ils s’équipent de plus en plus et rapidement les villageois vendent tous leurs mots.

Une frénésie d'achat s'empare des habitants, et peu à peu, la langue disparaît. La pénurie de vocabulaire attise les violences et les rivalités. Les habitants d’Okionuk ne s’expriment plus que par grognements. Youma et son interprète, Gurven, sont venus nous alerter en nous racontant cette histoire : ils sont les seuls à avoir conservé une langue de résistance : la langue des signes.

Catherine Schaub met en scène la fable humaniste de Léonore Confino, conte poétique et cruel, boréal et truculent, sur l’appauvrissement du langage.

NOTE D’INTENTION

Pendant un long tunnel d’insomnies (ma cadette a longtemps inversé le jour et la nuit), j’ai perdu mes mots par grappes entières.

À force de fatigue, je me suis dégraissée des synonymes, des tournures trop compliquées, pour glisser de semaine en semaine vers une langue utilitaire, abrégée, privée d’imaginaire et de poésie. Durant cette période, j’ai pu éprouver des difficultés à rédiger une lettre professionnelle, à exprimer des sentiments d’amour ou d’injustice, et j’en ai ressenti une profonde détresse.

En cachette (quelle honte pour une autrice de perdre son vocabulaire !), j’ai ouvert un carnet dans lequel j’ai consigné toutes sortes de mots que j’aimais et qui échappaient au quotidien : jugulaire, chatterton, pistil, argileux, décoction, cumulus, rachidien, héliopause, zeugma... Je stockais sans distinction, redoutant une pénurie infinie.

La liste s’est étoffée pendant deux ans. Dans cette collecte, un livre m’a été précieux : « Trouver le mot juste » de Paul Rouaix, un étrange dictionnaire dans lequel on trouve des associations d’idées libres, riches, ouvrant des champs lexicaux infinis.

Le sommeil, progressivement, est revenu et dans son sillage, les pensées exotiques et les voyages intérieurs. Mais j’ai conservé cette liste secrète, j’ai même pensé à l’enterrer dans un bout de jardin... au cas où ?

L’idée du « village des sourds » est née de ce document. Quand tous les habitants d’Okionuk perdent leurs mots, Youma, possède elle aussi sa langue de résistance... Léonore Confino


Le village des sourds
Vendredi 24 mars | 20h30

Centre Culturel Jean Vilar
44 Allée des Epines - 78160 Marly-le-Roi
01 39 58 74 87 | accueil@ccjeanvilar.fr